Prologue à l’Eternelle Guerre – Partie III

- Zêtes sûr que c’est ce soir au moins ?
- Oui, une de ces créatures nous l’a confirmé en échange d’une pinte de bière.
- Sont pas tellement confidentiels ces Démons, hein cheffe?
- ça dépend desquels mon brave. Mais je dirais surtout qu’ils se croient si supérieurs à nous qu’ils peuvent faire ça en toute décontraction, comme si nous pouvions y faire quelque chose. Tu comprends ?
- J’crois qu’oui cheffr. Sauf qu’on va leur mettre la pâtée pas vrai ? C’est quand ça commence ?
- Très bientôt, je pense. Tu vois ces flammes là-bas ? Ils ont allumé les bûchers, bientôt des centaines des nôtres seront sacrifiés. Mais nous n’y pouvons strictement rien, ils les gardent trop bien pour que nous les libérions… Ils le paieront très cher…

*En Althian, une importante armée Humaine s’était dissimulée dans les sous-bois. Il y avait là des hommes et femmes de tous bords, paysans, maçons, guerriers, idéalistes, homosexuels, racistes, et bien d’autres. Ils avaient apporté avec eux d’étranges machines de fer, parfaitement rondes, et alimentées par des câbles du diamètre de gros arbres. Ils ignoraient globalement comment fonctionnaient ces engins, mais ils en savaient suffisamment pour avoir décidé d’y faire appel.

Les plus fameux des Lords Humains étaient rassemblés ici. La cheffe, pour ce qui était de cette opération, portait de mince lunette dont la monture était d’or, maculée par les trombes d’eau qui tombaient du ciel. L’orage bourdonnait et, au loin, on apercevait de longs et lumineux éclairs. Bientôt la tempête se déchainerait, on entendait déjà les cris des suppliciés, là-bas, dans une clairière fermement défendue par une armée de petits Ailés.*

- Tenez-vous prêts, dit la femme aux lunettes. Et activez les boucliers !

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*Le Tyran fit craquer ses doigts, levant le regard vers le Démon suspendu qui hurlait qu’on le fasse redescendre. La poitrine nue du Saigneur démoniaque luisait à la lueur des flammes, son sourire était carnassier et – dans son dos – ses larges ailes noires frémissaient d’impatience.*

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*Un frottement, un brasillement, une petite étincelle rougeoyante et une bouffée de fumée. L’Impératrice enfila ses gants de cuir noir tout en tirant sur sa cigarette. Au sommet du pilier, le Catalyseur angélique attendait son heure avec calme, les bras écartés, frénétiquement persuadé par la grandeur de son sacrifice.*

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*L’orage éclata avec une fureur telle que des arbres furent aussitôt déracinés. Au loin, les bûchers rougeoyaient, il pouvait tomber des hectolitres d’eau, cela n’y changerait rien. La cheffe aux lunettes libéra un bouton poussoir de son cache de verre, la main prête à l’écraser. La Princesse soupira.*

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*La Séraphine appuya sa main contre le pilier de métal et libéra aussitôt une tempête de magie glacée, des éclairs bleus et verts la parcoururent et suivirent le pilier, pénétrant directement le Catalyseur qui s’illumina de d’éclairs bleutés et glacés en hurlant de douleur.

Simultanément, le Tyran déchargea toute sa puissance flamboyante sur son propre pilier qui sembla prendre feu. L’Abyssal hurla de plaisir avec une telle violence que son cri s’entendit jusqu’aux tréfonds de Ciféris, apportant la jouissance à de nombreuses succubes endormies. Le Catalyseur s’enflamma comme une torche huilée.

L’orage redoubla de violence, des éclairs s’abattirent en série, boutant le feu à la forêt sur une gigantesque surface circulaire. Dans le ciel, des lumières rouges et bleues s’allumèrent, dansant parmi nuages et les éclairs. Au grondement du tonnerre se joignirent des chants gutturaux et hauts perchés, libérant une cacophonie insoutenable. Se bouchant une oreille d’une main en grimaçant, la femme aux lunettes abattit l’autre sur le bouton rouge. Aussitôt, les machines sphériques démarrèrent dans un vrombissement de fin du monde. Les boules de métal furent parcourues d’arcs électriques qui s’élevèrent dans les Cieux, rejoignant les lueurs issues des dimensions de Ciféris et Célestia.

Puis le temps s’arrêta, le silence s’imposât et plus un bruit ne se fit entendre à des kilomètres à la ronde. L’Humaine leva les yeux vers le ciel illuminé comme en plein jour, une goutte de sueur perla à son front, puis ce fût l’implosion.

Le ciel sembla se déchirer dans un craquement monstrueux. Une bulle violette emplie d’étoiles s’élargit soudain à plusieurs centaines de mètres du sol et, alors que ses tympans éclataient, Morgause vit se déverser par cette ouverture les Armées Angéliques de Selvaria et les Légions Démoniaques de Kazuya.

La guerre entre les trois races va reprendre ses droits. Et le Monde d’Aiwo en sera probablement à jamais bouleversé…*

Prologue à l’Eternelle Guerre – Partie II

*Bien loin de là, dans les profondeurs d’une dimension où règnent les flammes, l’obscurité et le souffre, le seigneur des démons prenait un bain de lave. Près de lui se trouvaient une douzaine de démons nerveux, tout armés de pieds en cape. Le Tyran regardait avec amusement une forme rougeâtre qui se balançait au bout d’une corde, quelques deux cents mètres plus haut, accrochée à un pilier de métal sombre.*

- Allez quoi, patron, soyez cool, hurlait le démon suspendu. Je vous fais le demi-tarif sur la marchandise pendant un an et on en parle plus, ok ?

*Le Tyran ricana doucement et s’enfonçait un peu plus dans son bain de lave bouillonnante.*

- Ce n’est pas ma faute si tu as ouvert ton bordel au centre de Ciféris, maintenant il faut assumer ce choix. Répondit le Seigneur des Démons sans même hausser la voix, s’amusant de la peur du Catalyseur malgré lui.

*Un diablotin fit bientôt son apparition, tendant une feuille de parchemin au Tyran. Celui-ci prit connaissance de la brève phrase griffonnée élégamment sur le papier et regarda sa montre. Puis il sortit de son bain, des flammèches lui sortant par les narines.*


- Bon, ils sont prêts là-haut. On commence dans 5 minutes.

- Eh, quoi ? Non ! Faites-moi descendre !

Prologue à l’Eternelle guerre – Partie I

- On a perdu le contact, Madame !
- Rétablissez-le ! Il n’y a pas de temps à perdre !
- Impossible Madame, il y a des interférences qui rendent les communications houleuses depuis plusieurs heures. Nous avons fait tout notre possible pour améliorer la connexion mais elle est désormais perdue complètement…

*La femme grogna et se pinça la lèvre inférieure, réfléchissant aussi vite que son esprit le lui permettait. Elle tourna la tête vers l’Ange responsable des communications et fixa sur lui un regard d’une profondeur rare et effrayante. L’Ange n’osât détourner les yeux, forcé à contempler les tumultes tourbillonnants des yeux de glace de sa supérieure. Il savait que son incapacité à rétablir le contact avec les Anges infiltrés sur Althian lui vaudrait des remontrances, ou pire, mais sa foi en son Impératrice était totale. Malgré sa peur, il ne trembla pas et se contenta d’attendre que le regard inquisiteur se détourne pour reprendre son travail. Cela ne tarda pas. La Séraphine s’était bientôt déplacée à l’autre bout de la pièce pour donner ses consignes à une Angelle étrange pourvue d’un cache-œil sous lequel perçait une lueur bleutée. Alentour, la salle de commandement bourdonnait d’Anges et d’Angelles hyperactifs qui courraient de-ci de-là pour donner consignes et nouvelles. La nervosité était palpable, l’atmosphère électrique.*

- Tant pis, dit l’Impératrice. Ils connaissent le timing et nous n’avons plus qu’à le respecter. Elestel, placez le catalyseur.
- Bien Madame.

*L’Angelle au cache-œil se leva et fila vers la sortie. Bientôt, un Ange confiné pendant près d’un siècle au plus profond de Célestia serait attaché au sommet d’un pilier de métal. L’heure était proche, et la moindre erreur se paierait chère.*

EWO ouvre enfin ses portes – pour de vrai !

Salut tout le monde, femmes, hommes, enfants, escargots bourrés, hamburgers,

Le titre est explicite, et ce n’est pas une blague. Sisi, sérieux. EWO va vraiment ouvrir. Quand ? Soon ! Plus précisément, le jeu ouvrira définitivement

ce mercredi 13 mars 2013.

Et sur ce point nous ne mentirons pas. Pour une fois ! A moins bien sûr d’une catastrophe cataclysmique, mais c’est pas sur la TODO-List.

Il vous faudra donc rester attentifs, et encore patients pour quelques heures/jours. Non, on ne donnera pas l’heure exacte. Mais peut-être un indice, restez à l’écoute !

Oui, parfois ça vaut la peine d’attendre. En tous cas nous espérons que ce sera le cas. Ces derniers jours ont passé très vite pour la Team EWO, avec une masse considérable de travail abattue. Le jeu est terminé, prêt à être dévoilé. Le Wiki a été corrigé et complété, les forums sont prêts à accueillir les RPistes assoiffés de claviers. Beaucoup de débug, pas mal de changements, quelques améliorations. Vous pourrez enfin jouer à une première version du jeu définitive. Des patchs d’amélioration seront ensuite proposés avec de nouvelles fonctions car, comme tout jeu qui se respecte, EWO continuera d’évoluer.

Après ce rush pour finir dans les temps, l’équipe de développement se réjouit tout particulièrement de bouger des cases, de donner des baffes, d’en prendre, et d’aller RPiser, enfin !

Chauffez-vous l’index les enfants, la bataille pour les premiers matricules sera bientôt lancée ;) .

Un remerciement tout particulier à Ganesh, qui a passé des dizaines d’heures pour terminer ce qui devait être terminé, et une moquerie pour Kazuya qui, entre examens et coupures d’Internet, a quand même réussi à repousser la date de sortie, malgré nos souhaits de sortir le jeu plus vite (oui, il faut toujours accuser le chef quand il y a du retard).

Bon jeu !

P.S.

Ce blog continuera d’être alimenté en infos diverses, peut-être plus axées sur l’avancée RP du jeu à l’avenir, nous verrons. Gardez-le donc dans vos favoris et RSS, parce que je compte bien continuer de vous massacrer les yeux pendant les mois qui viennent.

Des démons prêts à l’action

*Le démon traça une ligne sur son carnet, et releva la tête vers les gibets. Un homme se balançait au bout d’une corde, essayant vaguement de se débattre, mais de moins en moins énergiquement à mesure que l’air fuyait ses poumons. Il y en avait quatre, comme lui (dont deux qui ne bougeaient déjà plus), suspendus aux gibets de Ciféris. Une véritable institution, et un spectacle bien rôdé.

Mais l’ambiance était particulière, ce jour là, car pour la première fois depuis des siècles, on pendait des créatures qui mourraient définitivement (le croyait-on du moins) en lieu et place de démons traitres ou de voleurs de succubes. Aujourd’hui, on pendait des Humains, et cela mettait le démon-bourreau aux anges (façon de parler). Lorsque le dernier pendu cesser de gigoter, il traça une nouvelle ligne sur son calepin, et le brandit d’un air satisfait.*

- Une bonne chose de faite !

-  De quoi ? Demanda le démon-fossoyeur qui allait se mettre au travail. Tracer des trucs sur un bout de papier ? Tu sais même pas lire.

- On m’a dit de tracer une ligne à chaque fois qu’un mec meurt. Quatre mecs morts, quatre lignes tracées.

- Au moins tu sais compter, c’est déjà bien.

- Et tu sais compter, toi, peut-être, gros blaireau ?

- J’sais qu’on a cinq doigts à chaque mains, et deux cornes à la trogne. ça m’suffit pour faire mon job. C’est bon, j’peux les décrocher ?

*A l’instant où le démon fossoyeur prononça ces mots, l’un des cadavres se mit à remuer soudainement, ruant, se débattant contre la corde avec énergie, bientôt suivi de ses trois congénères. Les poutres des gibets commencèrent à craquer dangereusement.*

- Bin… Sont pas morts ? Demanda le bourreau.

- On dirait pas. Répondit le fossoyeur. C’est con, comment tu vas faire puisque t’as déjà tracé les lignes ?

- J’en sais rien, bordel ! Les Humains c’est censé claquer après être mort !

- Pas ceux-là.

*Le démon bourreau se tapota la lèvre du bout de son stylo d’un air pensif, puis déclara:*

- On a qu’à faire comme avec les traitres.

- ???!

- On les découpe en petits cubes, et on les balance n’importe où, ça prendra des plombes avant qu’ils puissent revivre.

- Ouais, pas con… Tiens au fait, pourquoi qu’on les bute ? Paraît qu’on s’est fait chier à les capturer.

- C’est l’Saigneur Kazuya qui veut. Y dit que tout est prêt et que faut éliminer la vermine. Et qu’après il se passera un truc énorme.

- Comment tu l’sais, tu lui as causé au Tyran ?

- C’est les putes qui me l’ont dit.

- Ouais, et les putes elles ont causé au Tyran ?

- Y va aux putes le Tyran ?

- Putain mais… non ! Les putes vont au Tyran, mais pas les mêmes que celles où tu vas toi.

- Ah ouais…

- Bon, et c’est quoi le truc énorme ?

- Bah si c’est pas les mêmes putes, on saura pas…

- Nan mais… bordel ! J’te parle du truc qui se passera après qu’on ait buté les Humains.

- Ah ! Ouais ! … J’sais pas.

- Bin mon cochon…

Des préparatifs qui pétouillent

- J’vous jure m’dame. On a fait des recherches, mais y’a rien de plus à dire !

- Je ne peux décemment pas me présenter devant Son Altesse et ne rien avoir à lui annoncer !

- ça, ma p’tite dame, c’est pas mon problème. Z’aurez qu’à vous dénuder. Y paraît qu’elle aime les petites filles, héhéhé, héhé… hé.. ahem…

*La petite angelle foudroya le pseudo-scientifique du regard. Elle ne goûtait guère à ses plaisanteries salaces, et Son Altesse Impériale ne les souffrirait pas mieux. Elle tapa du pied pour signifier son agacement. Malgré sa petite taille et son air juvénile, elle était d’une importance largement supérieur à ce butor d’ingénieur. Aide-de-camp de l’Impératrice Céleste, elle avait pour mission de lui délivrer toutes sortes de rapports allant du compte-rendu du trésorier aux listes d’armement de l’Armée Céleste. En passant – évidemment – par les rapports des mages et scientifiques divers.

L’ingénieur en question était spécialiste des questions méta-physiques, et des dimensions parallèles du monde d’Aiwo. Son QI prétendument élevé ne le rendait pas plus aimable que la moyenne des taverniers des bas quartiers. Mais plus important, à n’en point douter.

La petite angelle prit une inspiration pour s’empêcher de réagir à la dernière remarque pleine de subtilité de l’ingénieur.*

- Monsieur, si vous n’avez rien de plus à dire, je vous suggère de vous épiler intégralement. Son Altesse Impériale apprécie les peaux pures pour ses jeux de torture.

*L’homme eût un mouvement de recul.*

- Je… Voyons m’dame, j’ai rien fait de mal… C’est juste que…

- Juste que ? L’encouragea l’angelle.

- J’vous jure, on fait s’qu’on peut. Laissez-nous juste quelques jours pour fignoler deux-trois trucs, et on pourra en dire plus à l’Impératrice !

- Voilà près de trois semaines qu’elle attend des informations claires et précises de votre part. Vos projets s’enlisent, et l’Impératrice s’impatiente. Elle doit repousser l’échéance de jour en jour, et ses hommes se démobilisent. Débrouillez-vous, mais trouvez une solution. Les Portes doivent s’ouvrir avant 7 jours, ou vous en répondrez. Suis-je suffisamment explicite, Maître Ingénieur ?

- P… Parfaitement explicite Mademoiselle Haks, bégaya l’ingénieur. Nous nous remettons au travail immédiatement, vous… L’Impératrice ne sera pas déçue. Nous avons réparé nos sources magiques, plus rien ne nous empêche d’alimenter nos nouveaux systèmes, nous…

- Épargnez-moi vos excuses, le coupa Norah Haks. Sept jours, voilà tout.

Bulletin d’actualité

Bonjour à toutes et à tous !

Une petite news totalement HRP pour vous dire que nous n’avons pas abandonné, hein. La préparation de la VF avance bien, c’est même presque terminé. Nous avons pris un peu de retard en raison d’une coupure de connexion internet chez notre chef de projet, et d’un bug dans le déploiement des mises à jour (pas mal de modifications perdues, qu’il a fallu refaire). L’équipe de développement s’y attelle sérieusement donc ne perdez pas espoir. ça coming very soon :)

On devrait avoir quelques screenshots à vous balancer très bientôt :)

A + dans l’bus.

Branle-bas de combat

*Le gamin courait en tout sens, ravi par l’agitation qui régnait dans la caverne. Il pleuvait à l’extérieur, et en d’autres circonstances l’enfant se serait ennuyé ferme, à contempler d’un air maussade l’entrée de la grotte jusqu’à-ce que la météo se montre plus clémente et qu’il puisse aller jouer dans la forêt. Son père, ses deux sœurs et sa grand-mère vivaient là depuis qu’il était bébé, et il n’avait jamais connu d’autres Humains, ni d’autre environnement.

Mais, ce jour là, il régnait une atmosphère électrique dans la grande caverne percée dans le flan d’une montagne. Le patriarche de la famille d’ermites s’était alors entretenu à voix basse avec de nombreux Humains. Il discutait en ce moment même avec un Homme dont le couvre-chef aux larges bords semblait toujours détrempé. Depuis l’arrivée de ce dernier, le temps avait toujours été à l’orage.

Heureusement, les visiteurs avaient emmené avec eux des tonnes de jouets amusants. Comme des toupies lasers ou des hélicoptères télécommandés, en plus des nombreuses armes auxquels l’enfant n’avait pas le droit de toucher.

Toute cette agitation remplissait pourtant le gamin de bonheur, et il trainait dans les pattes de tout le monde, se faisait durement rabrouer par ses grandes sœurs. L’enfant estimait cependant qu’elles n’avaient rien à lui dire, vu le temps qu’elles passaient à faire des œillades aux hommes et à coucher toutes les nuits dans un recoin différent de la grotte.

Bref, l’enfant s’amusait au beau milieu d’un quartier général tout neuf, et plusieurs jours s’étaient écoulés durant lesquels de nombreuses troupes étaient venues s’établir dans le secteur. L’effervescence prouvait bien que les guerriers humains attendaient quelque chose, mais quoi ? L’enfant n’en avait aucune idée.

Ce soir là, alors qu’il s’allongeait sur sa paillasse près du feu, il entendit son père grommeler à l’intention de l’homme au chapeau.*

- Cela ne devrait plus durer très longtemps, avait-il dit de l’air de celui qui se prépare à un évènement inéluctable.
- Encore quelques jours, et nous serons prêts, répondit l’homme au chapeau mais, s’il se préparait quelque chose, le ton de sa voix n’en trahissait aucune impatience.
- Êtes-vous sûr de ce que vous faites ? Demanda le père.
- On n’est sûr de rien quand cela touche à un matériel que nous n’avons pas utilisé depuis des décennies, répondit l’homme au chapeau. Mais il faudra bien que cela marche…

*Il laissa cette phrase en suspens, comme si cela ponctuait ses propos. De longues secondes passèrent, rythmées par les gouttes d’eau qui tombaient bruyamment sur la pierre. Puis il ajouta.*

- Ce sera notre plus grande tâche mon ami. Si nous échouons, alors nous n’aurons plus qu’à compter sur nos capacités à faire couler le sang.

Retour vers le futur

*Je m’éveillai en sursaut et rejetai aussitôt en bas du lit les draps qui me couvraient. Haletante, couverte de sueur, les mains tremblantes. La porte de ma chambre s’ouvrit à la volée, laissant la lumière de l’aube pénétrer dans la pièce, suivie aussitôt de Karine, ma femme de chambre.*

- Allez-vous bien Maîtresse ? J’ai entendu crier…

*Dit-elle avant d’allumer la lumière. Je me protégeai les yeux en les frottant de mes poings, et frissonnai doucement.*

- Rien de grave, Karine, un simple mauvais rêve.

*Répondis-je en me levant doucement. Je pris Karine par le bras, et nous nous rendîmes à la cuisine. La petite bonne s’attela à faire chauffer de l’eau pour le thé, et je lui racontai mon rêve en détail, comme j’en avais l’habitude, presque tous les matins.

Je rêvais tous les soirs d’évènements qui survenaient sur Althian, le monde des Humains. Et ce talent avait été découvert dès mon plus jeune âge en mettant mes rêves et des rapports espions en corrélation. J’étais, depuis toute jeune, au service de Sa Majesté Impériale, la Séraphine Selvaria. Celle-ci ne m’avait guère porté attention jusqu’à peu. Elle était un jour arrivée sans prévenir et avait exigé que je lui raconte mes rêves les plus récents. Depuis, elle venait me rendre visite tous les deux jours, sans raison apparente.

Ce matin là, j’avais du mal à mettre de l’ordre dans mes idées. Aussi mon histoire fût décousue, et je marquais de nombreuses pauses pour me remémorer certains évènements. Mon cauchemar avait commencé par l’arrive sur Althian d’hordes d’Anges et de Démons, puis de monstrueuses batailles étaient survenues. J’avais vu l’Impératrice – alors vêtue d’un simple uniforme d’officier – se faire abattre par une angelle aux cheveux bleus au beau milieu d’une mêlée. Puis un Ange étrange avait fait son apparition, vêtu en tout et pour tout d’un caleçon bleu fluo et d’un casque de guerrier. A ses côtés, un gros bonhomme tenait des propos incohérents avec une chaussure tandis qu’une fillette d’à peine 12 ans tentait d’avaler un sandwich plus long que son avant-bras.

Les scènes de ce genre s’étaient succédées : une peluche parlante qui copulait avec un chapeau, un Abyssal démoniaque qui faisait du ski sur les cimes de Célestia, un manchot qui récitait des saintes écritures tout en combattant, un homme constamment surélevé d’un nuage pluvieux, un bonhomme de neige qui mangeait des enfants… bref. Que des scènes sans queue ni tête. Sans parler du pire car, tout à coup, le monde avait fondu comme un vieux morceau de plastic dans l’âtre, transformant les êtres en sucreries, les étendues d’eau en chocolat chaud, le monde en une gigantesque tarte sucrée. Eh puis… plus rien.*

- Plus rien ? S’étonna Karine.
- Plus rien, dis-je.
- Vous ne devriez pas en parler à l’Impératrice, me suggéra la bonne d’un air soucieux. Elle vous accuserait de lui cacher la vérité.
- Mais, si je ne lui raconte rien… Elle saura. Elle saura que, depuis deux jours, je ne parviens plus à voir dans l’autre monde… Et elle me tuera.
- Allons allons, il n’y a aucune raison que cela arrive. Vos rêves reviendront, et tout ira bien.
- Je ne sais pas, répondis-je.

*Depuis quelques jours, j’avais l’impression que mon sommeil se brouillait d’ondes inconnues. Et cela m’effrayait plus que la visite prochaine de ma Reine.*

Et pendant ce temps, à Ciféris…

*Le démon grogna, tournant et retournant l’objet entre ses mains d’un air d’incompréhension totale. Il tenta de se l’enfiler dans l’oreille, pour voir, mais ce ne fût pas concluant. Il posa l’objet sur son bureau, et se rejeta contre le dossier de son fauteuil, pensif. Derrière lui, un diablotin attisait l’âtre en flatulant, le visage rougit par l’effort.

Le démon resta plusieurs minutes à observer l’objet. Une sorte de carré de métal et de plastic terminé par deux pointes courbées, avec un bouton sur le dessus. Bouton que le démon n’avait jusqu’alors pas remarqué. Il se pencha sur l’artefact et plissa les yeux. D’un index circonspect, il appuya sur le bouton. L’objet émit un sifflement et se mit à vibrer, alors qu’un arc électrique se formait entre les deux pointes courbées.

Le démon eût une expression ravie. Il s’empara de l’objet de la main droite, et du diablotin-péteur de l’autre, qu’il secoua comme un vieux sac de pommes de terre avant de lui appliquer l’objet sur la nuque, et d’appuyer sur le bouton.

Le diablotin fût aussitôt prit de convulsions et poussa des cris de douleurs inarticulés jusqu’à-ce que l’engin cesse d’émettre son arc électrique. Le démon balança son cobaye et sortit de la pièce en coup de vent.*

- C’est quoi ce truc, comment ça marche ?

*S’exclama-t-il en pénétrant dans une pièce attenante, sombre, qui sentait la sueur, le renfermé, le sang et les déjections. Dans un coin de la pièce, un homme était solidement attaché sur une chaise. Il semblait en piteux état, sa blouse blanche était lacérée, et ses lunettes pendaient lamentablement sur son nez. Il accueillit le démon avec un rictus qui se voulait amusé, mais dans lequel transparaissait toute sa souffrance. Il était là depuis des jours. Il avait faim, il avait mal, il voulait mourir mais ses tortionnaires l’en empêchaient.

Pour toute réponse, il voulu cracher au visage de son bourreau, mais il ne parvint qu’à expulser un filet de bave qui lui coula le long du menton. Le démon le frappa avec violence.*

- Notre Saigneur veut en savoir plus sur cette technologie que vous avez, vous, les cafards. Alors tu vas m’en parler de ton plein gré, même si je dois te bourrer la gueule de grosses baffes, pigé trouduc ?

*L’humain frissonna de la tête aux pieds. Pourquoi cet intérêt soudain des Démons pour la technologie Humaine ?*