Des démons prêts à l’action

*Le démon traça une ligne sur son carnet, et releva la tête vers les gibets. Un homme se balançait au bout d’une corde, essayant vaguement de se débattre, mais de moins en moins énergiquement à mesure que l’air fuyait ses poumons. Il y en avait quatre, comme lui (dont deux qui ne bougeaient déjà plus), suspendus aux gibets de Ciféris. Une véritable institution, et un spectacle bien rôdé.

Mais l’ambiance était particulière, ce jour là, car pour la première fois depuis des siècles, on pendait des créatures qui mourraient définitivement (le croyait-on du moins) en lieu et place de démons traitres ou de voleurs de succubes. Aujourd’hui, on pendait des Humains, et cela mettait le démon-bourreau aux anges (façon de parler). Lorsque le dernier pendu cesser de gigoter, il traça une nouvelle ligne sur son calepin, et le brandit d’un air satisfait.*

- Une bonne chose de faite !

-  De quoi ? Demanda le démon-fossoyeur qui allait se mettre au travail. Tracer des trucs sur un bout de papier ? Tu sais même pas lire.

- On m’a dit de tracer une ligne à chaque fois qu’un mec meurt. Quatre mecs morts, quatre lignes tracées.

- Au moins tu sais compter, c’est déjà bien.

- Et tu sais compter, toi, peut-être, gros blaireau ?

- J’sais qu’on a cinq doigts à chaque mains, et deux cornes à la trogne. ça m’suffit pour faire mon job. C’est bon, j’peux les décrocher ?

*A l’instant où le démon fossoyeur prononça ces mots, l’un des cadavres se mit à remuer soudainement, ruant, se débattant contre la corde avec énergie, bientôt suivi de ses trois congénères. Les poutres des gibets commencèrent à craquer dangereusement.*

- Bin… Sont pas morts ? Demanda le bourreau.

- On dirait pas. Répondit le fossoyeur. C’est con, comment tu vas faire puisque t’as déjà tracé les lignes ?

- J’en sais rien, bordel ! Les Humains c’est censé claquer après être mort !

- Pas ceux-là.

*Le démon bourreau se tapota la lèvre du bout de son stylo d’un air pensif, puis déclara:*

- On a qu’à faire comme avec les traitres.

- ???!

- On les découpe en petits cubes, et on les balance n’importe où, ça prendra des plombes avant qu’ils puissent revivre.

- Ouais, pas con… Tiens au fait, pourquoi qu’on les bute ? Paraît qu’on s’est fait chier à les capturer.

- C’est l’Saigneur Kazuya qui veut. Y dit que tout est prêt et que faut éliminer la vermine. Et qu’après il se passera un truc énorme.

- Comment tu l’sais, tu lui as causé au Tyran ?

- C’est les putes qui me l’ont dit.

- Ouais, et les putes elles ont causé au Tyran ?

- Y va aux putes le Tyran ?

- Putain mais… non ! Les putes vont au Tyran, mais pas les mêmes que celles où tu vas toi.

- Ah ouais…

- Bon, et c’est quoi le truc énorme ?

- Bah si c’est pas les mêmes putes, on saura pas…

- Nan mais… bordel ! J’te parle du truc qui se passera après qu’on ait buté les Humains.

- Ah ! Ouais ! … J’sais pas.

- Bin mon cochon…

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